Les droits médias de la Première ligue canadienne et le Fury FC

Canadian Soccer Business (CSB), l’arme d’affaires du foot canadien, a signé un accord avec le groupe espagnol MEDIAPRO la semaine dernière. @GrupoMEDIAPRO investira 200 millions de dollars et reçoit les droits médias nationaux et internationaux de la Première ligue canadienne (PLCan), des équipes nationales féminine et masculine, et de League1 Ontario (L1O) pour les 10 prochaines années. Je crois que c’est un bon accord qui influencera les décisions futures du Fury en vue de l’adhésion à la PLCan.

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L’annonce du partenariat de CSB avec MEDIAPRO à Toronto. (Photo Martin Bazyl, PLCan)

La production

L’aspect le plus important, et souvent sous-estimé, c’est la production. Sportivement, MEDIAPRO produit 16 ligues à travers le monde, notamment LaLiga espagnole et dès l’an prochain la Ligue 1 française. Elle produit également des documentaires tels que Six Dreams offert sur Amazon Prime Vidéo.

MEDIAPRO a mentionné d’entrée de jeu que le foot est leur ADN, qu’ils “respirent le sport”. Ils sont des leaders mondiaux en termes de production de foot. Ils vont non seulement produire les matches afin de les distribuer ou eux-mêmes, mais potentiellement les vendre à des diffuseurs traditionnels. Ils vont probablement donner une bonne qualité de production, accompagnée par certaines technologies introduites en Liga (vidéo 360° notamment), le feel européen, sans compter l’analyse et les statistiques en direct (bien que le fournisseur de données statistiques de la PLCan reste à annoncer). Vous pouvez voir le ‘sales pitch‘ vidéo de MEDIAPRO sur le site de la PLCan en cliquant sur le lien ici.

Le Fury ainsi que certains autres clubs font leur propre production, ce qui est moins cher que la production offerte par USL Productions. Cette dernière est une division autonome de la ligue, en association avec VISTA WorldLink. La production télévisuelle de la USL (et du Fury) est faite directement par USL Productions, une division autonome de la ligue, en association avec VISTA WorldLink. La production est ensuite vendue à des diffuseurs nationaux (ESPN) et locaux pour certains clubs. La qualité de production n’est pas mauvaise, considérant les stades de grandeur et fonctions diverses. Évidemment, la qualité est meilleure et en HD lorsque la diffusion est sur ESPN, ce qui également le cas sur n’est pas le cas sur YouTube. Jugez par vous mêmes de la qualité de diffusion sur cette dernière plateforme:

Bien que USL Productions ait investi 10 millions de dollars US pour la production, MEDIAPRO a le potentiel d’amener une qualité de production supérieure. Il faut toutefois être prudents, compte tenu du statut et de la grandeur de certains stades en PLCan. Évidemment, nous devrons voir pour juger, mais malgré tout, pour l’instant, sur le plan de la production, l’avantage est à la qualité de production anticipée de la PLCan.

Diffusion et visibilité

Les matches de la USL (Championship et maintenant LeagueOne) sont tous diffusés sur ESPN+, un service de streaming qui inclut également la MLS, Serie A, la English Football League (pas la Premier League), la FA Cup, la Scottish Premier League, la Eredivisie hollandaise, la A-League australienne, et bien d’autres sports. L’entente de diffusion inclut certains matches sur les réseaux cablés d’ESPN, normalement ‘le match de la semaine’. En 2019, il n’y aura aucun match de la semaine impliquant le Fury.

Quelques clubs ont aussi des ententes avec des diffuseurs locaux. Au Canada et ailleurs dans le monde, la USL est diffusée gratuitement sur YouTube. La visibilité du Fury est bonne avec le partenariat avec ESPN, mais elle est concentrée aux États-Unis et exclusivement en ligne. Ce sont les fans dédiés qui regardent le Fury et la USL sur YouTube. Le Fury est également diffusé localement à la radio ottavienne en français et anglais.

MEDIAPRO, selon l’entente avec la PLCan, offrira initialement un service de streaming par abonnement sur plusieurs plateformes qui seront en place pour le début de la saison, ou un peu après. Ceci inclura un ‘canal de soccer canadien’, offert 24/7, l’offre de matches étant complétée par des documentaires et autres produits émulant ce que MEDIAPRO fait avec LaLigaTV.  À ce stade, il n’y a pas de diffuseurs TV national ou locaux, bien que MEDIAPRO a mentionné que plusieurs diffuseurs seraient intéressés.

Bien que le Fury profite d’une belle visibilité, à la grandeur du monde avec YouTube et ESPN, il demeure que celle-ci est concentrée aux États-Unis. MEDIAPRO offre non seulement le potentiel de diffusion/streaming spécialisé, avec un potentiel de plus grande écoute avec une entente potentielle de diffusion TV. MEDIAPRO a aussi confirmé que sa nouvelle chaîne en France offrira non seulement des matches la Ligue 1, Ligue 2, mais aussi la PLCan à partir de 2020.

Malgré le fait qu’il n’y a pas encore de diffuseurs TV canadiens, l’entente avec MEDIAPRO est alléchante en raison du potentiel plus grand de pénétration du marché canadien et international que ce que le Fury possède présentement.

Les services de diffusion venant de l’entente avec MEDIAPRO, même s’ils sont en ligne, ont le potentiel d’augmenter la visibilité, ce qui peut augmenter le rendement à la billetterie. MEDIAPRO clame d’ailleurs avoir réussi ceci avec la ligue de foot féminin espagnole. Encore une fois, en raison de la visibilité et pénétration potentielle du marché, l’avantage est à la PLCan. C’est également l’avantage probablement le plus important, et qui est appelé à potentiellement grandir rapidement.

Et l’aspect financier?

Soyons francs, on n’en sait pas beaucoup. MEDIAPRO a annoncé qu’ils allaient investir 200 millions de dollars sur 10 ans. Ce qu’on ne sait pas vraiment, c’est la part de redevances directes qui reviendra à la PLCan à partir de cette entente ou indirectement par la revente des droits de diffusion et sur le partage des revenus de publicité. Il y a une rumeur qui voudrait que la PLCan bénéficierait de 15 millions de dollars en redevances annuelles, mais cette information n’est pas factuelle, ni confirmée.

Il faut aussi considérer que c’est CSB qui gérera les redevances, et la redistribution à la PLCan, mais aussi à Soccer Canada et à la L1O. La PLCan est probablement le plus grand bénéficiaire de cette entente, mais n’est pas le seul.

Les chiffres avancés sur 10 ans sont agréables à voir, mais ne sont pas une panacée. La MLS (via Soccer United Marketing (SUM), l’équivalent de CSB) reçoit une moyenne de 3,75 millions de dollars US par équipe par année via les droits de diffusion. L’entente de diffusion de la A-League australienne est estimée à 54 millions de dollars canadiens par année pour leurs 10 équipes, l’entente incluant également les droits pour les équipes nationales féminines et masculines. Une équipe polonaise ‘moyenne’ (Lech Poznan en première division Ekstraklasa), retirait 4,5 millions de dollars canadiens en revenus de droits médias en 2016/17.

Il reste que l’entente entre MEDIAPRO et la CSB représente un montant intéressant, et surtout pour une start-up. C’est certainement plus que la Indian Super League ou les équipes ne tirent aucun revenus médias, parce que tous les droits appartiennent à Star India, un co-propriétaire de la ligue.

On ne sait pas plus ce que le Fury retire de l’entente de l’USL avec ESPN. Les revenus d’ESPN+ indiquent que ceux-ci pourraient atteindre entre 50 et 100 millions de dollars US par année. Il n’y a toutefois aucun chiffre disponible en termes de redevances d’ESPN pour la USL. Mais il est difficile de croire qu’un niveau de revenu aussi élevé, une production faite maison, qu’il n’y ait aucune redevance partagée avec l’USL, même si elle n’est qu’un partenaire mineur d’ESPN.

En termes de revenus tirés des droits médiatiques, il y a très peu d’information factuelle disponible. Je crois à ce stade que l’avantage pourrait encore être à la PLCan, seulement du fait que des chiffres (d’investissement) ont été avancés et partagés.

Ceci dit, l’entente est sur 10 ans, ce qui fournira une stabilité certaine à la PLCan. Toutefois, l’entente pourrait être rapidement sous-évaluée si l’offre de la PLCan prend de la valeur. Il faut aussi noter que les revenus potentiels par équipe tirés de cette entente médiatique seront appelés à diminuer progressivement avec l’arrivée de nouvelles équipes. Ceci sera un aspect d’affaires à considérer sur le long terme.

Il y a aussi d’autres revenus!

Les revenus d’équipes de sports sont généralement tirés de quatre sources principales: les droits médias, les transferts (au soccer), les revenus des jours de matchs et les revenus corporatifs. Les deux derniers incluent les revenus de billetterie, de commanditaires, et de droits de licence (vêtements et équipement). Les droits médias sont normalement la source de revenus principale, mais pour le succès financier, il faut diversifier les revenus.

On sait par exemple que les équipes de USL tirent une moyenne de 300,000 dollars américains en droits de licence, un montant non-négligeable. Et on ne sait pas ce que le Fury tire directement en fait de commanditaires et de billetterie.

Mais on ne sait pas plus ce que les équipes en PLCan recevront en commandite, notamment de l’entente avec Volkswagen ni en termes de droits de licences, à la billetterie et autres revenus corporatifs potentiels.

De plus, dans le cas spécifique d’Ottawa, nous devons voir la question des revenus en termes de l’opération plus grande qu’est Ottawa Sports and Entertainment Group (OSEG). Cette dernière détient d’autres équipes, mais aussi le stade et le district d’affaires de Lansdowne.  Les revenus sont donc multiples, mais les dépenses aussi. Avant 2017, OSEG affichait un déficit d’opérations (en raison des coût reliés à la Coupe Grey), malgré une hausse de revenus. Ce déficit devait disparaître, surtout en raison de l’opération complète du district d’affaires et de divertissement de Lansdowne. Les chiffres après cette date ne sont pas disponibles. Toutefois, ce que nous savons, c’est qu’OSEG a investi environ 15 millions de dollars canadiens avec le Fury. Ceci inclut les coûts de départ, les frais de franchise pour la NASL et la USL, et le déficit d’exploitation.

Et puis?

À ce stade, je crois que l’entente de droits médiatiques est un point tournant pour le Fury. La création d’un canal de soccer canadien dédié, avec une programmation qui va au delà de la diffusion des matches est alléchante. L’entente, au-delà des revenus directs, augmente le potentiel de visibilité nationale et internationale de la PLCan, ce qui peut augmenter les revenus indirects, notamment à la billetterie.

Le Fury et OSEG, au moment de prendre une décision à l’automne 2018 n’avaient pas de confirmation des ententes que CSB fait présentement pour la PLCan, même s’ils devaient avoir une idée des négociations en cours.

L’incertitude n’étant pas un bon partenaire d’affaires, la réduction de cette incertitude et la signature d’ententes fermes et stables peut créer un environnement plus profitable pour le Fury et OSEG.

Le club va probablement considérer de s’allier à la ligue qui lui donne le plus de défis sportifs, mais également le plus d’opportunités d’affaires et de possibilité d’augmentation de revenus et de création potentielle de profits.

Sur le plan d’affaires, l’entente sur les droits médiatiques est un pas dans la bonne direction pour la PLCan. Mais ce n’est pas le seul facteur, et les autres sources de revenus devront toutes être considérées par le Fury. Ces facteurs ne sont pas tous publics, et nous ne pouvons être certains que d’un fait: Le Fury fera la décision d’affaires la plus avantageuse sur le plan de la stabilité à long terme.

Ceci dit, la PLCan, via CSB, semble être sur la bonne voie de bâtir une économie du soccer canadien viable, stable et durable sur tous les plans. Je crois fermement, en ce moment, que sur le plan d’affaires, la décision du Fury et d’OSEG sera beaucoup plus simple cette année, avec moins d’incertitude, et grâce aux ententes récentes signées par CSB et la PLCan.

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